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Arrêter de fumer : prise en charge & traitements


Arrêter de fumer : prise en charge & traitements

À l’occasion du Mois sans Tabac, le Dr Ludivine Poncelet, médecin addictologue au sein du centre hospitalier Compiègne-Noyon, nous éclaire sur les solutions proposées aux personnes désireuses d’arrêter de fumer.  

Pensez-vous que l’opération Mois sans tabac est une bonne occasion pour arrêter de fumer définitivement ?

Le Mois sans tabac, organisé en novembre, permet de mettre l'accent sur les dangers du tabagisme et les bénéfices de l'arrêt, tout en proposant des alternatives de prise en charge et de traitement. Cet évènement permet souvent de motiver les personnes qui envisageaient d'arrêter de fumer. Elles se lancent ce défi parfois en binôme avec un/une collègue ou leur conjoint. Arrêter de fumer pendant un mois permet déjà de ressentir les bénéfices du sevrage tabagique : on se sent rapidement en meilleure santé, notamment sur le plan cardio-respiratoire, et on note également des économies très rapidement ! Cela permet d'initier un arrêt complet et prolongé du tabac. Le Mois sans tabac, c'est surtout l'occasion de découvrir son « Moi » sans tabac et de retrouver sa liberté sans cigarette.

Que met en place le centre hospitalier à cette occasion ?

Nous avons participé au lancement du Mois sans tabac des Hauts-de-France à Noyon en octobre et suivons les personnes rencontrées là-bas si elles le souhaitent. Une intervention sur le tabagisme est également prévue au CATTP de Noyon le 26 novembre. Des kits, disponibles dans le service d'addictologie et dans le hall du site de Mercières, proposent des livrets d'informations et d'accompagnement, un petit calendrier du mois de novembre avec conseils quotidiens pour suivre son évolution dans l'arrêt du tabac et une réglette pour calculer les économies réalisées.

Quel est le suivi proposé au sein du centre hospitalier pour aider les patients à arrêter de fumer ? 

Le service d’addictologie propose des consultations infirmières et médicales. Le Pôle de prévention et d’éducation thérapeutique du patient propose également le sevrage tabagique aux patients en suivi. Les patients peuvent également bénéficier  d’un accompagnement grâce à l’hypnose et à l’acupuncture. Tous les services sont en capacité de prescrire des substituts nicotiniques aux patients hospitalisés. Une aide à l’arrêt du tabac est proposée à tout patient fumeur admis en hospitalisation, et ce quelle que soit la pathologie traitée, compte tenu de l’impact du tabagisme sur les maladies cardio-vasculaires, pulmonaires et ORL mais aussi, et cela est souvent méconnu des fumeurs, urologiques (le tabagisme est le premier facteur de risque de cancer de vessie) et certaines maladies inflammatoires.

Quels sont les traitements et/ou techniques proposés ?  

Un projet personnalisé de soins est établi lors de l’entretien infirmier ou médical, en ciblant les attentes et les freins à l’arrêt ainsi qu’une évaluation de la dépendance tabagique par le score de Fagerström. Le plan de soins est ensuite établi en fonction de ce premier bilan afin de préciser la prise en charge.

Plusieurs solutions sont proposées aux patients :

  • Les substituts nicotiniques (patchs, gommes, pastilles, spray buccal, inhalateur...). La majorité de ces substituts sont remboursés par la caisse primaire d'assurance maladie et les mutuelles. Le dosage doit être adapté à la sévérité de la dépendance et au nombre de cigarettes fumées. Il est parfois nécessaire d'associer plusieurs patchs. La posologie doit être réévaluée en fonction de la tolérance et de l'efficacité sur le tabagisme. Les substituts nicotiniques peuvent être prescrits par les médecins, les infirmiers, les sages-femmes ainsi que par les kinésithérapeutes. Il ne faut donc pas hésiter à se rapprocher d'un professionnel de santé pour évoquer l'aide à l'arrêt du tabac.
  • D'autres traitements peuvent être proposés comme la Varénicline (Champix) ou le Bupropion (Zyban). Ces traitements sont réservés aux personnes très dépendantes et après échec des autres techniques et substituts nicotiniques et en l'absence de contre-indication médicale. Ils ont pour but de diminuer fortement les pulsions à fumer mais peuvent provoquer des symptômes dépressifs et nécessitent donc un suivi rapproché.
  • Des techniques de thérapie cognitivo-comportementale.
  • Des exercices de relaxation.
  • Des séances d’hypnose et d’acupuncture.
  • L’exposition en réalité virtuelle. Il s’agit d’une nouvelle technique qui sera lancée par le service d’addictologie en décembre. Grâce à un casque, les fumeurs seront exposés à des cigarettes virtuelles afin de les habituer progressivement à gérer des situations dans lesquelles ils seraient susceptibles de fumer et « d’éteindre » le comportement addictif au fil des expositions.

Dans tous les cas, arrêter de fumer implique une prise en charge individuelle, centrée sur les habitudes, le comportement lié aux cigarettes et le sevrage peut être plus ou moins long en fonction de la sévérité de la dépendance. Certains pourront arrêter sans aucune aide, d’autres avec trois mois de substituts nicotiniques, d’autres en six mois...

 



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13 Novembre 2019